La transition écologique de l’économie : une ambition à revoir

Le cadre politique actuel de la transition québécoise repose essentiellement sur le Plan pour une économie verte 2030 (PEV). Il fixe des objectifs climatiques en fournissant des cibles par secteurs et des mécanismes insuffisants de coordination entre les politiques de transport, d’habitation, d’urbanisme et de transition industrielle. En s’intégrant dans une logique de « croissance verte » axée sur l’attraction de capitaux étrangers, le PEV perpétue une dynamique extractiviste dont les retombées échappent largement aux communautés d’accueil.

Sans traduction territoriale ni intégration cohérente des ambitions climatiques, la politique de transition permettant la lutte aux changements climatiques ne se réalisera pas. Le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) ne répondra pas aux attentes d’opérationnalisation du PEV. Le plan d’action 2035 d’Hydro-Québec répond davantage aux signaux de marché par une nouvelle offre énergétique qu’aux besoins collectifs, laissant le Québec sans stratégie industrielle coordonnée pour la transition.

Il est nécessaire de renouveler la politique-cadre autour de trois principes directeurs :

  • la réduction des GES et la sortie des hydrocarbures ;
  • une transition socio-écologique respectant les limites biophysiques de la planète ;
  • et le soutien à un développement économique endogène.

Ce dernier principe implique de prioriser les entreprises enracinées dans les territoires, les coopératives et l’économie sociale, plutôt que de miser sur des investissements exogènes à retombées incertaines.

Pour réussir cette transition, trois stratégies doivent être articulées :

  • Une stratégie d’occupation du territoire qui vise à combattre l’étalement urbain, densifier les milieux de vie, développer massivement le transport collectif et actif, et accélérer la rénovation énergétique des bâtiments. Ces transformations sont indispensables, car l’électrification seule, sans restructuration de la demande, ne permettra pas d’atteindre les objectifs climatiques.
  • Une stratégie industrielle qui cible en priorité la décarbonation du transport de marchandises et le remplacement des hydrocarbures dans les procédés industriels lourds. Elle promeut le développement de filières nationales ancrées dans les territoires, comme le transport collectif électrifié, l’écoconstruction, l’efficacité énergétique ou le bioalimentaire, tout en planifiant la reconversion des travailleurs et des communautés touchées par le déclin de secteurs exposés aux contraintes environnementales.
  • Une stratégie énergétique, complémentaire aux deux premières, qui préconise de répondre à la demande énergétique restructurée par les deux stratégies précédentes par une offre plus adaptée au nouveau contexte économique ainsi que de gérer les risques associés aux changements climatiques et structurels de l’économie québécoise. Elle repose sur l’efficacité énergétique, le renforcement de la robustesse et de la résilience d’Hydro-Québec, la transformation d’Énergir du gaz naturel vers la gestion de la chaleur et les solutions géothermiques, ainsi que le déploiement de solutions décentralisées et de microréseaux locaux.

La transition écologique de l’économie québécoise doit être portée par une planification active, des investissements publics structurants et une mise en œuvre territorialisée. Ce projet collectif ne réussira qu’avec et pour les communautés locales, en leur donnant les moyens de définir et de conduire leur propre trajectoire de transition, dans le respect des limites écologiques et des besoins fondamentaux de la population.

La transition écologique de l’économie n’est pas une contrainte à gérer. C’est un projet collectif à construire, qui exige une coordination politique cohérente et des choix délibérés. Le Québec dispose des leviers nécessaires pour réussir cette transformation, à condition de mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’une vision commune et ambitieuse.

Celle-ci se base sur une conviction : la transition écologique de l’économie québécoise ne se fera pas en dépit des territoires et de leurs communautés, mais avec et pour elles. L’intervention locale et régionale devra se définir en donnant la capacité aux acteurs locaux leur permettant de mener une action conforme aux ambitions collectives de transition. Tout cela devra se faire dans l’optique de pérenniser les activités et les capacités des collectivités à habiter le territoire.

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FAGOAGA, Noël (2026). Note d'intervention, IRÉC, 20p.

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