La recherche porte sur les savoirs collectifs locaux, plus précisément sur la question de leur reconnaissance et de leur valorisation envisagée comme une voie de développement pour les petites collectivités. Existe t-il des savoirs collectifs locaux qui s’inscrivent dans une approche de développement territorial, et si tel est le cas, quel en est le processus de construction ? Nous postulons que les savoirs collectifs locaux peuvent être un outil de développement pour les petites communautés dans la mesure où ils sont reconnus et valorisés, par les acteurs locaux eux-mêmes, comme par les acteurs supra-locaux. Au chapitre premier, une analyse du contexte mondial pose la nature des transformations en cours qui influent sur les rôles de l’État et des localités. Par ailleurs, l’issue à la mondialisation n’est pas immuable et différentes alternatives s’offrent aux États et aux localités pour y répondre. Trois approches et stratégies de développement applicables au niveau local en rendent compte. La première, le « territoire entrepreneur », correspond à une stratégie néo-libérale où l’identité culturelle locale est analysée comme un facteur de production assujetti à l’économie. La seconde porte sur le développement économique communautaire et s’inspire de l’approche régulationniste. Selon cette approche, les institutions de gouvernance locale favoriseraient un développement qui place l’humain au centre des préoccupations. La troisième approche est celle des mouvements sociaux territoriaux et repose sur l’affirmation et la valorisation d’une identité locale. Notre conception des savoirs collectifs locaux chevauche les deux dernières approches et exclut une vision néo-libérale. En seconde partie du chapitre premier, nous posons l’hypothèse et les questions de recherche pour ensuite développer sur la pertinence de notre choix méthodologique. . Notre démarche méthodologique s’appuie sur une approche compréhensive et qualitative, qui s’est traduite par une recherche-action auprès d’une communauté rurale de 1000 habitants. Nous avons accompagné les acteurs d’un comité de revitalisation des terres agricoles en friche, sur une période de 18 mois. Notre méthodologie favorise l’expression, par les acteurs locaux, de leurs spécificités tout en leur permettant d’expérimenter un changement avec eux. Une approche de réflexivité a été tentée pour que les acteurs locaux se réapproprient leur démarche, leurs savoirs construits et ce, en même temps que l’action se produit. Cela les place dans des conditions où ils peuvent réorienter leurs actions. Suit la définition des concepts avec une insistance particulière sur les savoirs collectifs locaux. Des chercheurs de plusieurs disciplines; du monde de l’éducation, de l’anthropologie, de la foresterie, de l’urbanisme, etc., ont contribué à enrichir notre définition applicable au développement local. D’autres notions s’avèrent importantes, notamment celles sur la communauté, la ruralité, la praxis, la réflexivité et le capital socio-territorial, etc Une fois le cadre théorique et méthodologique exposé, nous posons le regard sur la communauté selon plusieurs facettes. Le second chapitre présente une vue géophysique du territoire, un profil sur la base d’indicateurs statistiques, un portrait financier à partir de la fiscalité municipale ainsi que des potentiels humains, incluant les emplois et les secteurs d’activités, mais aussi la vie communautaire. Le lecteur entre alors lentement dans la réalité de ce village, comparable en plusieurs points à n’importe quel autre village agro-forestier en dévitalisation au Québec. Mais nous verrons aussi ce qui le caractérise et le différencie, traits qui influenceront l’issue des événements. Au troisième chapitre, nous entrons de plein pied dans notre sujet de recherche. Deux dimensions sont d’abord analysées qui sont les suivantes : la mémoire collective et ensuite, le constat observé de cinq logiques en interrelation dans la communauté. Des acteurs locaux soucieux de l’état de leurs terres agricoles partagent leurs conceptions et leurs visions, passé et futur, de leurs terres. Au cœur du questionnement apparaît celle des valeurs liées aux terres agricoles et à la définition du développement que les habitants associent à la valeur d’usage : « développer, c’est mettre la vie dessus ». De l’analyse des propos tenus par les habitants, nous faisons rejaillir la mémoire collective. Ce troisième chapitre est complété par la présentation de cinq approches ou logiques qui coexistent dans la communauté, chacune étant porteuse de stratégies d’action spécifiques. La présentation de ces approches à ce moment précis est justifiée puisqu’elle permettra au lecteur de saisir les logiques qui se jouent dans l’action qui est présentée au chapitre suivant. Car, au quatrième chapitre, l’action se déroule. Des acteurs locaux, regroupés dans un comité de revitalisation agricole, s’engagent à trouver des alternatives pour développer les terres agricoles. Le récit de l’action montre ce qui ressemble à un formidable chaos. Ce sont deux projets qui sont en train de se construire et ce, toujours dans le but de trouver une alternative à la revitalisation des terres agricoles en friche. C’est seulement avec la réalisation d’un bilan annuel avec les leaders locaux qu’un éclairage nouveau se dégage et que des orientations sont prises. Nous concluons par les apports à la connaissance qui portent autant sur la méthodologie que sur les savoirs collectifs locaux et leur processus de construction. Une originalité de la recherche est liée à la méthodologie, questionnant une définition de l’objectivité en sciences humaines. Nous interrogeons également la capacité d’un chercheur à interagir sur l’issue d’un événement par la réflexivité avant que cet événement n’ait pris tout son sens. Outre certaines observations qui sont généralisables, tel par exemple l’absence d’homogénéité dans la communauté, des questionnements forts importants se sont ajoutés et qui demandent à être approfondis. Nous pensons à la celle de l’application de la démocratie locale comme un savoir-faire collectif encore à développer dans la communauté. Nous terminons par un retour aux questions de départ et à l’hypothèse de recherche pour identifier trois dimensions associées au processus de construction des savoirs collectifs locaux : la recomposition des liens sociaux, la production d’un modèle de gestion agricole et l’expérimentation pour construire collectivement de nouveaux savoirs.
La valorisation et la reconnaissance des savoirs collectifs locaux : un outil de transformation sociale pour les petites communautés?
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- Mariejoelle Brassard
3,602 Mo
Informations
- Auteur.e(s)
- Brassard, Marie-Joëlle
- Année de production
- 2001
- Université(s)
- Université du Québec à Chicoutimi
- Catégorie(s)/Sujet(s)
- Développement durable
- Nature du document
- Thèse de doctorat
