LA SÉCURITÉ ÉCONOMIQUE RENOUVELÉE : LES TRANSFORMATIONS DU MODÈLE ÉCONOMIQUE SUD-CORÉEN APRÈS LA CRISE (1998-2001)

La crise asiatique a durement frappé la Corée du Sud. Elle a aussi remis en question le modèle économique du pays en mettant en lumière ses faiblesses structurelles : à l’interne, des conglomérats lourdement endettés qui, du fait de leur taille, ont été capables de socialiser les risques associés à leurs investissements, et une classe ouvrière dont les secteurs les mieux organisés ont réussi à obtenir des hausses salariales telles qu’elles compromettaient la productivité des entreprises ; à l’externe, une grande vulnérabilité aux chocs financiers et une baisse de la compétitivité des exportations. Depuis, l’État sud-coréen a entrepris de réorienter le modèle de façon à réduire les possibilités d’une nouvelle crise. Toujours bien présent dans l’économie, ses interventions ne visent plus tant à orienter le développement qu’à corriger les failles du modèle qui sont apparues à mesure que celui-ci devenait de moins en moins adapté aux conditions amenées, à l’externe, par la fin de la guerre froide et la mondialisation financière, et à l’interne, par l’apparition de conglomérats fortement intégrés et par la démocratisation. Nous avançons l’idée que les politiques correctives apportées par l’État jouent sur ces deux niveaux pour tenter ramener la sécurité économique au pays. La décomposition du concept de sécurité économique en différentes composantes permet de bien mettre en lumière les relations complexes qui existent entre l’État, les acteurs économiques internes et ceux externes. À l’interne, l’État tente de regagner son autonomie vis-à-vis des ses entreprises nationales en se servant du marché pour leur imposer une nouvelle discipline ; en contrepartie, il s’est engagé dans un processus de « flexibilisation » du marché du travail, prenant à sa charge certaines des responsabilités sociales que les entreprises avaient naguère vis-à-vis de leurs employés. À l’externe, il joue la carte du régionalisme et de l’APEC pour contrer la menace que font peser la Chine et les pays de l’ASEAN sur la compétitivité coréenne, encadrer l’unilatéralisme américain et sécuriser son accès au marché chinois.

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