Biosolides en terre agricole au Québec. Des origines à la filière actuelle.
La présente note d'intervention traite de la valorisation agricole des boues municipales, une pratique s’inscrivant dans une longue histoire de recyclage de la matière organique d’origine humaine. Au XIXe siècle, le développement des réseaux d’aqueduc et d’égouts, qui coïncide avec l’utilisation généralisée de cabinets d’aisance dans les foyers, fait émerger l’enjeu du traitement des eaux usées par les rejets humains. Dès 1857, un ingénieur montréalais propose d’utiliser les boues municipales qui en découlent comme fertilisant, dans le prolongement de pratiques séculaires observées en Europe. Cette proposition n’est toutefois pas mise en œuvre. L’abondance des cours d’eau favorise plutôt l’écoulement des eaux usées dans les rivières avoisinantes, puis dans le fleuve. Au milieu du XXe siècle, les préoccupations environnementales croissantes de la population motivent le gouvernement à construire des installations d’assainissement à la grandeur du territoire. Des boues s’accumulent. En 1984, le ministère de l’Environnement publie un premier guide afin d’encadrer et de favoriser leur valorisation sur les terres agricoles. Le rapport retrace les origines de cette pratique et les conditions historiques de son développement au Québec.
Depuis, la filière s’est structurée autour de trois principaux groupes d’acteurs : les
municipalités qui produisent les boues, les entreprises spécialisées dans leur disposition et les producteurs agricoles qui les reçoivent. Malgré les volumes de boues valorisés, les biosolides ne représentent qu’une part minime des matières fertilisantes utilisées pour enrichir les sols du Québec. Le cadre réglementaire balisant ces activités s’est également renforcé au fil du temps. Aujourd’hui, le choix d’un mode de gestion est surtout tributaire de contraintes économiques et logistiques. Les grandes villes, qui produisent d’importants volumes de boues, doivent notamment tenir compte de la disponibilité des terres agricoles et des distances de transport, ce qui peut favoriser le recours à l’incinération ou à d’autres modes de traitement. Dans les milieux ruraux, des volumes plus modestes et la proximité des terres agricoles facilitent l’épandage. Ces choix sont aussi influencés par les politiques gouvernementales, notamment par les redevances croissantes imposées à l’élimination des matières résiduelles dont font partie ces boues.
En plus de retracer l’évolution de cette filière, cette note présente une analyse
comparative des coûts de la valorisation agricole, de l’enfouissement et de
l’incinération. Ainsi, en éclairant les origines historiques, les contraintes actuelles et les coûts associés aux différentes options, le rapport contribue à mieux comprendre les choix auxquels les municipalités sont confrontées dans la gestion de leurs boues.
